les contes du réel

09 janvier 2019

Max

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Seul dans son appartement, Max songeait à Pierre. À vrai dire, dès qu’il se retrouvait seul, ses pensées allaient vers Pierre. Où était-il ? Que faisait-il ? Quand allait-il revenir ? Allait-il jamais revenir ? Se pouvait-il qu’un jour il ne revienne pas et le laisse à jamais seul ? À cette idée, il aurait voulu hurler. Peut-être même avait-il hurlé sans s’en rendre compte tant cette pensée lui était insupportable.

Dès le premier regard, Max et Pierre s’étaient choisis, et aussitôt Max avait emménagé chez Pierre. Depuis, pas une seule minute, Max n’avait regretté son choix. Pierre était grand, Pierre était doux, Pierre était attentionné. Près de lui, rien de grave ne pouvait se produire, il semblait tout contrôler. Il l’avait soigné lorsqu’il était souffrant, il l’avait soutenu quand il était affaibli, il lui donnait tout l’amour qu’un être pouvait recevoir. Ils avaient eu tant de merveilleux moments ensemble, des moments simples et purs, à se promener côte à côte, à se blottir l’un contre l’autre, à jouer et à rire ensemble. Par-dessus-tout, Max aimait lorsque Pierre se confiait à lui. Le soir venu, il lui racontait sa journée, lui décrivait les personnes qu’il avait croisées, les choses qu’il avait vues et entendues, tout ce qu’il avait dit et fait. Il ne lui cachait rien, partageant avec Max ses peines et ses joies, ses espoirs et ses chagrins. Max écoutait attentivement sans jamais l’interrompre. Souvent, il hochait la tête pour montrer son approbation. Parfois, quand Pierre était triste ou en colère, il aurait voulu pleurer. Il était si sensible et il aimait tant Pierre. Il l’aimait comme jamais personne ne pourrait l’aimer.

Cependant, depuis quelque temps, Max avait le sentiment que Pierre s’éloignait peu à peu. Les gestes d’affection étaient moins appuyés, moins fréquents. Les caresses se faisaient plus rares. Certains soirs, Pierre ne lui adressait pas la parole. Il dînait sans un mot, les yeux dans le vague ou rivés sur son téléphone. Tout à l’heure, il était parti brusquement, en plein après-midi, sans même un regard. Max avait voulu le suivre mais Pierre l’avait repoussé. Où allait-il quand il partait ainsi, seul ? Et pourquoi Max ne pouvait-il l’accompagner ?

 

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Les contes du réel: Recueil de nouvelles

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Les légendes des chevaliers de la quadrature du cercle

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Livre II – Le règne du prince bienveillant

Chapitre 1 – Tel Jupiter, sur son trône 

Publié le 12/11/2017

suite du Chapitre 3 du Livre 1

 

 Seul dans la salle du siège, le prince Emmanuel se tenait pensif sur son trône. Six mois avaient passé depuis son couronnement. Il songeait avec nostalgie aux batailles épiques de sa campagne victorieuse, campagne à nulle autre pareille, où la fougue, l’ardeur et la jeunesse avaient triomphé de la haine et du repli sur soi. Sous les coups de boutoir de ses armées, le monde ancien s’était effondré et un nouveau monde avait émergé de ses décombres. Les souffrances inouïes des combats étaient oubliées et, de cette période, le jeune prince ne conservait que le souvenir de la fraternité d’armes et des succès prodigieux de sa guerre éclair. Pour chasser ses pensées mélancoliques, il passa en revue les événements qui s’étaient succédé depuis son avènement.

 Lui, qui deux ans plus tôt, n’était que le second écuyer du prince François le Batave, tutoyait désormais tous les souverains des terres connues, à l’exception, bien sûr, de l’antique Reine d’Albion, qui se tenait figée et impénétrable dans son palais. A peine intronisé, le jeune prince avait rencontré le grand chef de la nation yankee, Donald Mickey, un personnage fat et grossier, au comportement puéril et fantasque, qui, contre toute attente, avait été désigné pour diriger ce grand peuple, épris de liberté. Lors d’une joute amicale, le prince Emmanuel, grâce à sa poigne de fer, avait battu ce butor à son propre jeu. Le tsar démo-autocrate, Vladimir 1er, souverain expérimenté et retors, avait fait le déplacement depuis ses terres glacées pour faire la connaissance du jeune prince dont tout le monde libre bruissait de rumeurs flatteuses. Dame Angela, dite Angela la prudente, et Dame Theresa, dite Theresa l’asthmatique, car elle souffrait de toux chroniques, gouvernaient respectivement les tribus germaines et la perfide Albion. Elles voyaient toutes deux leur autorité remise en cause par leurs vassaux. Aussi, profitant de leurs difficultés momentanées, le prince Emmanuel s’imposait comme le suzerain du Vieux Continent, en attendant d’être sacré Maître du Monde Libre, comme l’annonçait certains devins.

 Sur le front intérieur, la situation semblait toute aussi prometteuse. Depuis leur défaite cinglante, ses ennemis erraient désorientés ou se terraient en attendant des jours meilleurs. La sorcière bleue, cherchant un bouc émissaire à son humiliation, avait renvoyé son confident, Florian l’apprenti sorcier, qui, décidé à s’émanciper, devint un mage dont les sorts manquaient singulièrement de puissance. La sorcière, jadis si crainte, faisait pâle figure, semblant s’être consumée dans la bataille. Elle se traînait, sans énergie ni volonté, et ses partisans, naguère si disciplinés, commençaient à murmurer contre elle. À peine la défaite consommée,  Nicolas le Couard avait dénoncé son alliance avec la sorcière bleue et prétendait à nouveau se poser en chef valeureux, alors que nul n’oubliait sa piteuse dérobade. Les troupes du chevalier Benoît le Frondeur erraient comme des âmes en peine, cherchant vainement un prince droit et juste qui saurait les guider vers un autre monde, plus équitable et plus durable. Parfois, le prince Emmanuel croisait, au détour d’un chemin, le précédent souverain, François le Batave. Par jeu ou par par calcul, ils échangeaient alors quelques piques. Le prince François de la Sarthe s’était définitivement retiré dans un monastère où il avait fait vœu d’enrichissement personnel. Le prince Nicolas l’Agité, qu’on pensait insubmersible, s’était métamorphosé en spectre et il n’apparaissait qu’à ses plus fidèles dévots. Seul subsistait le Tribun des Bois, dont l’agitation redoublait mais qui ne parvenait pas à entraîner le peuple Franc dans ses imprécations fumeuses. Il avait néanmoins réussi à fédérer autour de lui une petite troupe de disciples qui le suivait, les yeux fermés. Cependant, un nouveau prétendant, venu des terres arides de la Droite Extrême, le triste sire Laurent du Puy en Velay, dit Laurent l’Assisté, tentait de rassembler les tenants de l’identité malheureuse. On l’appelait ainsi car, depuis toujours, il vivait aux crochets de la nation franque. Ce triste sire se faisait passer pour un homme du commun alors qu’il était un pur produit du sérail. Il pourfendait dans un même élan les nécessiteux et les princes, n’ayant lui-même ni noblesse ni pitié. On le disait héritier du prince Nicolas l’Agité, dont il singeait les grimaces, mais l’esprit de cet ancien souverain refusait de lui apparaître.

Malgré tout, le peuple Franc, après l’euphorie de la victoire du prince bienveillant, semblait retomber dans ses travers. Il renâclait aux réformes pourtant jugées inéluctables par tous les devins, pythies et autres prophètes. Agacé par ces sourdes résistances, le prince Emmanuel en perdait sa bienveillance et se laissait aller à des remarques dignes de Nicolas l’Agité. L’esprit de ce dernier hantait-il le palais où s’enfermait le jeune prince ? Pourtant, la métamorphose du royaume des Francs en une terre où couleraient le lait, le miel et le vin pour chacun, se poursuivait. Il semblait que la promesse d’un monde meilleur serait enfin accomplie. Elle était déjà en de se réaliser pour les plus fortunés, comme l’exigeait la loi divine du Marché, dont la main invisible gouverne les nations. Cependant, au fond de lui, le prince Emmanuel ressentait un vide, une lassitude déjà l’envahissait. Ce peuple si versatile méritait-il tous ses efforts ? Comme il aurait été plus enthousiasmant de gouverner les Germains et que de grandes choses aurait-il déjà accompli à leur tête ! Alors que la lourde porte de la salle du siège s’ouvrait lentement, un sourire enjôleur vint se plaquer sur le visage du souverain des Francs, tandis que ses yeux clairs brillaient d’un éclat glacé.

À suivre…

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Les prophéties des temps révolus

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— Docteur, je viens vous voir parce que je fais des rêves prémonitoires.

Enfoncé dans un confortable fauteuil, face au médecin, le petit homme rondouillard à la calvitie prononcée ne cessait de triturer son chapeau. Le praticien ôta ses lunettes pour consulter la fiche posée sur son bureau. Son œil exercé avait déjà noté les traits tassés par la fatigue, qui ajoutaient quinze ans aux quarante-cinq inscrits sur la fiche.

— Je vous remercie très sincèrement de me recevoir, d’autant que je sais que vous êtes un psychiatre très sollicité.

Le petit homme parlait d’une voix aigüe avec un débit haché, comme si chaque mot lui demandait un effort.

Le médecin leva la main dans un geste de protestation.

— Si, si, docteur, votre réputation n’est plus à faire et d’ailleurs, le docteur Le Bail qui m’envoie, ne tarit pas d’éloges sur vous. Elle m’a dit, et ce sont ses mots précis, « Monsieur Ledoux, si quelqu’un peut quelque chose pour vous, ce ne peut être que le docteur Halphand, il s’est fait une spécialité des cas singuliers comme le vôtre ».

Comme s’il en avait déjà trop dit, le petit homme se tut. Le docteur Halphand, qui était un séduisant quinquagénaire, avait la faculté de moduler sa voix à l’envie tel un véritable instrument dont il maitrisait à la perfection les subtilités. C’est sur un ton apaisant qu’il s’exprima.

— Et si vous me racontiez comment tout cela a commencé. Prenez votre temps, Monsieur Ledoux, je ne vous interromprai que si des points me paraissent obscurs.

Le patient se racla la gorge pour s’éclaircir la voix, puis entama son récit.

— La première fois, c’était il y a deux ans. Dans mon rêve, je suis assis devant la table de la cuisine et je regarde l’horloge devant moi. Soudain, les aiguilles se mettent à s’emballer et tournent à toute vitesse. Elles s’arrêtent brusquement et je vois alors qu’il est exactement huit heures. Aussitôt, je me retrouve debout dans un hall immense, richement décoré, avec des tapis au sol et des lustres en cristal blanc accrochés à des plafonds dorés, comme dans un palais. Je suis au milieu d’une foule d’inconnus qui regardent tous dans la même direction. Leurs lèvres remuent simultanément et je comprends qu’ils sont en train de compter. Au bout d’un moment, je réalise qu’il s’agit d’un très lent décompte, « cinq, quatre, trois ».

Un à un, il égrenait les chiffres.

— Le décompte est de plus en plus lent, « deux ». On dirait qu’il ne va jamais arriver au terme, « un ». Le temps semble suspendu et tout à coup, c’est une explosion de joie dans la foule. Les gens crient, tapent des pieds, applaudissent, ils sont comme hystériques. La scène est silencieuse, comme dans un film muet, mais je peux voir qu’ils sont fous de joie. Je m’aperçois alors qu’ils regardent un écran géant sur lequel apparaissent deux portraits qui se font face. Il s’agit d’un homme et d’une femme que je ne connais pas. Au-dessus de chaque portrait s’affiche un nom et au-dessous un pourcentage. Et là, je me réveille brusquement. C’est comme ça que j’ai su que le président Mercier serait élu face à Christine Bosson, avec cinquante-huit pour cent des suffrages, ce qui est advenu comme vous le savez.

Un léger sourire flotta sur les lèvres du psychiatre.

— Vos rêves sont très précis. Cependant, permettez-moi de vous rappeler, qu’avant l’élection, tous les sondages donnaient le président Mercier vainqueur sans coup férir. Quand à l’exactitude du score, elle peut facilement s’expliquer.

— Vous avez raison, Docteur, sauf que j’ai fait ce rêve plusieurs mois avant que Michel Mercier ne se déclare, alors qu’il était encore un parfait inconnu. Comment expliquez-vous ce phénomène ? 

Les deux mains agrippées à son chapeau, la gorge nouée, Monsieur Ledoux semblait lancer un appel à l’aide.

— Pardonnez mon interruption. Je vous en prie, poursuivez, vous avez parlé de rêves au pluriel.

La douceur du ton eut pour effet de détendre le patient.

— Avant de passer aux autres rêves, permettez-moi de vous donner quelques compléments sur celui-ci. Ce premier rêve m’a paru si insolite que je l’ai noté dans un carnet.

Comme le psychiatre s’apprêtait à intervenir de nouveau, il s’empressa d’ajouter.

— Non, docteur, ça n’est pas mon habitude de noter mes rêves mais celui-ci m’a tellement marqué, qu’au réveil, je me suis empressé de le retranscrire, de peur de l’oublier. Sur le moment, j’ai cru que c’était un de ces rêves qu’on fait quand on est perturbé, vous savez, quand on est mal fichu ou dérangé, bien que celui-ci n’ait rien eu d’angoissant. Non, je le trouvais plutôt incongru d’autant que je ne m’intéresse pas à la politique. Cependant, il y avait dans ce rêve une atmosphère étrange, un je ne sais quoi de mystérieux. Bref, une fois le carnet refermé, je me suis empressé de l’oublier, alors, imaginez ma stupeur, quand, quelque temps plus tard, j’ai entendu parler, pour la première fois, ou plutôt dans mon cas, pour la seconde, de Michel Mercier. Je n’en revenais pas, si tout n’avait pas été inscrit noir sur blanc, moi-même, je ne l’aurais pas cru.

— Ce carnet, vous l’avez avec vous ?

— Je suis désolé, je ne l’ai pas amené mais je pourrais l’apporter une prochaine fois. Il y aura bien une prochaine fois, Docteur ? interrogea timidement Monsieur Ledoux.

— Concentrons-nous sur cette séance. Que s’est-il passé ensuite ?

— Vous voulez parler du second rêve ?

— À vous d’en parler, Monsieur Ledoux, répondit le médecin en affichant un sourire l’invitant à poursuivre.

— Eh bien, le deuxième rêve a eu lieu il y a six mois.

Le patient examina son chapeau puis releva la tête pour chercher le regard du psychiatre. Ce dernier le fixait attentivement, les mains jointes, la tête un peu penchée, le visage inexpressif. Monsieur Ledoux prit une inspiration.

— Cette fois, je suis dans une concession automobile avec mon cousin Louis. Il faut vous dire que nous sommes, je devrais plutôt dire, étions, fâchés avec Louis. Dans mon rêve, Louis me désigne un cabriolet rutilant, il grimpe dans le véhicule à la place du chauffeur et m’invite à ses côtés. L’instant d’après nous roulons à vive allure sur la route de la corniche. Il fait nuit et la Lune brille d’un éclat lumineux. Louis me parle en me fixant, sans regarder la route. Je n’entends pas ce qu’il me dit. Les virages se succèdent de plus en plus vite, la voiture accélère encore. Je sais que nous allons rater un virage et nous écraser des centaines de mètres plus bas. Soudain, la voiture quitte la route. Louis lâche le volant et je l’entends me dire : « Je suis désolé ». Le cabriolet plane un instant dans les airs avant d’entamer une chute vertigineuse. Je me recroqueville sur mon siège dans l’attente du choc et c’est à ce moment que je me réveille en sursaut.

Il s’interrompit, baissa la tête, puis il poursuivit les yeux fixés sur son chapeau.

— J’étais bouleversé. Je me suis assis dans mon lit, j’ai saisi mon téléphone pour appeler Louis. Voyant qu’il était trois heures et demie du matin, j’ai reposé le téléphone et je me suis levé. Le rêve avait été si prenant que je l’ai aussitôt noté dans le carnet. Cette nuit-là, je n’ai pas pu me recoucher. Le lendemain matin, une fois la tension retombée, j’ai renoncé à appeler, ne sachant trop quoi dire. Cinq jours sont passés ainsi, avec ce fichu rêve qui me hantait. N’y tenant plus, j’ai enfin appelé Louis à son domicile. Je suis tombé sur sa femme qui a fondu en larmes lorsqu’elle m’a reconnu. Avant même que je demande des nouvelles de son mari, elle m’a dit : « Alors, tu es au courant. Il voulait t’appeler, tu sais. Il aurait voulu que vous vous réconciliiez, il me l’a dit, juste avant, juste avant de… », elle n’a pas pu continuer. J’ai aussitôt compris. D’une certaine manière, je savais déjà. J’ai présenté mes condoléances, j’ai dit que moi aussi, j’aurais voulu qu’on se parle une dernière fois, que tout redevienne comme avant. Bien sûr, je n’ai pas parlé du rêve. C’est à la cérémonie funèbre que j’ai appris qu’il avait fait une sortie de route entre Marseille et Cassis, à bord de la Corvette C6 qu’il venait de s’offrir. Il semble qu’il ait perdu le contrôle de son véhicule dans un virage très serré. Le véhiculeest parti en travers et a fini au fond d’un ravin. On a retrouvé le moteur à plus de trente mètres, un choc effroyable.

Le patient se tut. Dans le cabinet, seul s’élevait le bruit de son souffle saccadé. Lorsque sa respiration fut redevenue normale, après plusieurs secondes d’un silence interminable, le docteur Halphand prit la parole.

— Monsieur Ledoux, qu’attendez-vous de moi ?

Le petit homme releva vivement la tête.

— Docteur, je veux comprendre ce qui m’arrive. Je ne dors plus. Toutes les nuits, je me réveille à deux ou trois heures du matin. Le soir, je tombe de sommeil mais je repousse le moment d’aller me coucher. Au travail, je suis une véritable loque. Je ne supporte plus rien, ni ma femme, ni mes enfants. Par-dessus-tout, j’ai peur. Le premier rêve m’avait déjà profondément marqué, le second m’a bouleversé. Depuis, je vis dans la hantise du prochain.

— Avez-vous jamais songé que s’il devait y avoir un autre rêve, il pourrait être porteur de bonnes nouvelles ? Après tout, le premier n’était pas si tragique.

— Quelque chose en moi me dit que je suis devenu, pour une raison mystérieuse, un prophète de malheur. J’ai le pouvoir de prédire des choses terribles qui arrivent effectivement, comme si c’était moi qui les avaient provoquées.

— Vous vous sentez coupable pour la mort de votre cousin ?

— Oui, exactement, acquiesça Monsieur Ledoux. J’ai beau me dire que je n’y suis pour rien, je ne peux m’empêcher d’éprouver un sentiment de culpabilité.

— C’est tout à fait normal, assura le Docteur Halphand d’une voix basse, presque sur le ton de la confidence. Rêver la mort d’un proche, c’est presque la souhaiter. Et pourtant, cela se produit plus souvent qu’on ne croit. Dans ma pratique, je vois régulièrement des hommes, des femmes, sans parler d’enfants, qui font de tels rêves, heureusement rarement suivis d’effet. Mais lorsque le rêve devient réalité, même longtemps après, le traumatisme est très difficile à surmonter.

Puis, il adopta un ton plus neutre pour déclarer :

— La séance touche à sa fin. Je vous propose de nous revoir. En attendant, je vais vous prescrire un anxiolytique et un somnifère. Surtout, respectez bien la posologie.

Tandis qu’il rédigeait l’ordonnance, il interrogea à nouveau Monsieur Ledoux.

— Avant de nous quitter, pouvez-vous me dire commentvous vous informez?

— Je regarde le journal télévisé et je lis le quotidien régional, Les premières nouvelles de l’Aube.

— Je vous remercie. N’oubliez pas de revenir avec ce fameux carnet.

— C’est moi qui vous remercie, Docteur, s’empressa de répondre Monsieur Ledoux.

L’agenda du psychiatre était si chargé que le second rendez-vous n’eut lieu que deux semaines plus tard. Le petit homme rondouillard piaffait d’impatience dans la salle d’attente. Enfin, le docteur Halphand lui fit signe d’entrer. Avant même de s’installer, le patient brandit un petit cahier d’écolier.

— Je vous ai apporté le carnet, Docteur, dit-il plein d’espoir.

— Très bien. Je vais commencer par le lire.

Le médecin ouvrit le cahier, ôta ses lunettes et se plongea dans la lecture du manuscrit. Lorsque celle-ci fut terminée, il referma le cahier et se tourna vers son interlocuteur en arborant un large sourire.

— Vous avez une excellente mémoire, le récit de vos rêves est en tout point conforme à ce que vous m’avez relaté. Comment vous sentez-vous depuis la dernière séance ?

— Je me sens mieux. Vos paroles semblent avoir fait leur effet.

Il se tut, se mordit la lèvre inférieure d’un air embarrassé avant dereprendre.

— Docteur, croyez-vous que mes rêves soient prémonitoires ?

Le médecin se pencha en avant, posa ses coudes sur son bureau, croisa les mains avant de répondre posément.

— Permettez-moi de répondre à votre question par une autre question. Quelle est la fonction du rêve ? Les anciens croyaient que le rêve était la voie d’accès au monde du divin et du surnaturel. Les Égyptiens, par exemple, considéraient qu’un rêve pouvait révéler l’avenir et ils avaient recours à la clé des songes. Le pharaon rêvant de sept vaches grasses puis de sept vaches maigres fait appel à Joseph pour connaitre le sens de ce rêve prophétique. Plus tard, Freud va désacraliser le rêve en le considérant comme la voie qui mène à l’inconscient. Il revient alors au rêveur lui-même d’interpréter le rêve. Aujourd’hui, la science considère que le rêve aurait pour fonction de faciliter la mémorisation et la régulation des émotions.

Il fit une pause, son regard se perdit quelque part derrière son interlocuteur comme s’il se remémorait un souvenir personnel. Ses yeux se fixèrent à nouveau sur le patient devant lui et il reprit.

— Cependant, pour chacun d’entre nous, qui faisons l’expérience du rêve, nous sommes parfois saisis par l’étrangeté de son contenu et son impact émotionnel. Dans ce cas, il est naturel de chercher à donner du sens à l’absurde ou à tenter de déchiffrer ce qui parait un rébus ou une énigme. Pour en revenir à ce qui vous préoccupe, il me parait essentiel que vous parveniez à comprendre d’où provient l’angoisse que vous exprimez face à ces rêves. C’est pourquoi, il peut être instructif d’analyser ses rêves : comme on visionnerait, après coup, une vidéo de surveillance pour y découvrir les indices d’un forfait.

— Pourtant, ...

 

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Le coffret

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Seul dans ce grenier complètement vide, Éric se dit qu’il gâchait sa vie. C’est alors qu’il vit la boîte. En se baissant pour ramasser le dernier carton, presque contre sa volonté, il mit la main dessus. Elle semblait surgie d’un passé sans âge. Éric eut d’abord la tentation de la remettre dans le carton et de refermer le tout, craignant ce qui pouvait se dissimuler dans une relique aussi ancienne. Le désir de découvrir les promesses qu’il sentait entre ses doigts fut le plus fort. Il souleva précautionneusement le couvercle. La boite s’ouvrit en exhalant une bouffée de poussière. Il n’y avait à l’intérieur qu’un rouleau de parchemin si blanc qu’il semblait avoir été déposé la veille. Éric le déplia très doucement et lut :

Celui-là à qui la magie est révélée

A lui seul deux vœux seront accordés

Car le don n’agit que pour toi qui lis ces tercets

Pour être exaucé tu devras énoncer

Je veux et j’exige, la formule consacrée

N’oublie pas Ici et maintenant pour l’achever

Il était tout à la fois perplexe et très excité. Il y croyait, il voulait y croire ! Il devait immédiatement faire un vœu pour vérifier si le charme opérait. Il réfléchit à ce qu’il pourrait bien demander. Il aurait voulu tellement de choses et pourtant à l’heure du choix rien de précis ne lui venait à l’esprit. Mû par une impulsion soudaine il prononça à haute voix « Je veux et j’exige 500€ ici et maintenant ». À peine avait-il terminé qu’il se sentit ridicule. Comment avait-il pu croire à cette fable ? Il ne se passa rien. Aucun génie prêt à se mettre à sa disposition n’apparut. Il était toujours seul dans ce grenier et c’était aussi bien que personne ne l’ait vu se livrer à de tels enfantillages.

Il examina la boite. Il s’agissait d’un coffret en bois délicatement ouvragé. La patine du bois luisait dans la lumière du grenier et au toucher le coffret était doux comme une caresse. Le couvercle était orné d’entrelacs finement ciselés et l’acier du fermoir était noirci par le temps. Et dire que cette journée était partie pour être une des plus mornes de son existence ! Il avait été requis par sa mère pour l’aider à vider la maison, ou plutôt la bicoque, d’un grand-oncle qui avait vécu en reclus. Et bien sûr, il n’avait pas pu se défiler alors qu’un adolescent en pleine possession de ses moyens comme l’était Éric avait des choses bien plus importantes à accomplir. Et voilà qu’il découvrait cette antiquité perdue dans ce grenier, avec cet étrange poème qui parlait de magie.

Il entendit sa mère l’appeler. Il ferma le coffret, le remit dans le carton. Il s’apprêtait à redescendre quand il aperçut un petit objet sur le sol au milieu du grenier. Il était pourtant sûr que l’instant d’avant il n’y avait rien à cet endroit. Il s’approcha en retenant sa respiration. Il s’agissait d’un petit portefeuille en cuir. Il le ramassa du bout des doigts. Il était léger, il l’ouvrit lentement.

Il compta et recompta, il y avait dix billets de 50€ et uniquement ces dix coupures dans ce portefeuille. Comment cela était-il possible ? Le portefeuille n’était pas là quand il était entré dans le grenier. La magie avait-elle réellement opéré ? En un éclair, il remit la main sur le coffret, l’ouvrit précipitamment et voulut dérouler le parchemin. Mais à peine l’avait-il touché qu’il s’effrita sous ses doigts en tombant en fine poussière. Qu’avait-il fait ? La magie fonctionnerait-elle à nouveau ? Il regretta amèrement d’avoir gaspillé son premier vœu avec un souhait si dérisoire. Il prit soudain conscience qu’il se souvenait mot pour mot du poème alors qu’il n’avait pas une excellente mémoire. Jusqu’à présent ! Voilà ce qu’il aurait dû demander, une mémoire prodigieuse, ou mieux un quotient intellectuel hors norme ! Il fallait qu’il choisisse très soigneusement son second et dernier vœu. Cette fois il prendrait le temps d’y réfléchir. Il redescendit en tenant le carton sous un bras et en serrant précieusement le coffret dans une main.

Les jours suivants il ne cessa de songer à ce mystérieux coffret. Sa mère n’avait fait aucune difficulté pour qu’il le garde. Il l’avait rangé parmi les affaires qui lui tenaient le plus à cœur, un disque acheté dans un vide-grenier et dédicacé par John Lennon lui-même selon les dires du vendeur, le premier volume des aventures de Harry Potter que lui avait offert son père juste avant qu’il ne tombe malade. Les 500€ étaient partis alimenter son livret d’épargne. Auparavant, il en avait dépensé une petite partie pour offrir à sa mère un joli bracelet. Après tout, c’était grâce à elle s’il avait découvert le coffret.

Il était obnubilé par le second vœu. Qu’allait-il demander, ou plutôt exiger selon la formule ? Il hésitait entre une intelligence supérieure et une beauté hors du commun mais il aurait voulu rester le même. Il s’aimait bien tel qu’il était ! Il pouvait demander à réussir tous ses examens mais il répugnait à gaspiller un vœu si précieux pour un objet aussi médiocre que la réussite scolaire. Non, ce dont il rêvait secrètement c’était d’être un véritable Dom Juan aux innombrables conquêtes, de plaire instantanément sans même ouvrir la bouche, de voir toutes les filles se pâmer devant lui et tous les garçons l’envier. Il joua avec cette idée. Partout où il passerait il laisserait des femmes éplorées et des hommes jaloux. Il secoua la tête, comme pour sortir de sa rêverie. Il n’avait pas envie de ces séductions factices. Il fallait qu’il continue à réfléchir à ce second vœu. Il avait tout le temps, il finirait bien par trouver ce qu’il désirait vraiment.

Cette année-là, il eut plusieurs fois la tentation de souhaiter réussir ses examens mais il tint bon et dans l’ensemble il n’eut pas à le regretter. Souvent il sortait le coffret pour le contempler. Il le caressait pour sentir la douceur du bois sous ses doigts. Après une contrariété ou lorsqu’il avait du vague à l’âme, il prit l’habitude de l’ouvrir et de chercher des yeux les traces du parchemin. La poussière accumulée dans le fond de la boîte était pour lui la preuve de la magie. Il se récitait les paroles du poème et alors une espérance confiante montait en lui. Tout lui était possible, il suffisait de demander.

Le cours de français était déjà bien entamé lorsqu’elle fit son entrée dans la salle de classe. Elle portait une parka blanche qui lui donnait des allures de cosmonaute. Comme il faisait plutôt bon dans la pièce, elle ôta son manteau et se transforma soudain en une ravissante jeune fille. Mme Pommeroy, la jeune enseignante qui tentait d’initier ses élèves aux subtilités du bovarysme l’interpella.

— Tu as besoin d’aide ?

— Oui. Je viens juste d’arriver, on m’avait aiguillé dans la mauvaise classe. Je m’appelle Élodie Blanchet.

— Eh bien, Élodie il semble que tu sois arrivée à bon port.

— Je m’assieds où ? 

La jeune fille affichait une certaine décontraction. Mme Pommeroy prit le temps de la réflexion, l’observant sous toutes les coutures avant de jeter un coup d’œil sur la classe. Puis, elle donna une réponse conforme à sa réputation.

 — Près du garçon que tu trouves le plus mignon.

Aussitôt l’agitation saisit la classe qui résonna de gloussements et de murmures.

— Silence ! coupa l’enseignante, laissez-là choisir.

Élodie parcourut lentement l’assistance, dédaignant les fanfarons qui lui faisaient des signes. Au moment où le regard d’Élodie glissa sur son dos, Éric tourna la tête vers elle. Ils restèrent ainsi quelques secondes, les yeux dans les yeux, se jaugeant posément, jusqu’à ce que les gloussements et les murmures ne reprennent.

— Marlène, viens au premier rang, trancha Mme Pommeroy.

Et Marlène, qui était assise à côté d’Éric, prit ses affaires en affichant une moue désapprobatrice pour laisser la place à la belle et mystérieuse Élodie.

À la fin de la journée, Élodie et Éric étaient devenus inséparables. Ils firent le chemin du retour côte à côte, Élodie venait d’emménager tout près d’Éric. Avec avidité ils se livrèrent, échangeant sur tous les sujets. Ils se découvraient des passions communes, la littérature fantastique, les films de science-fiction. Ils partageaient les mêmes rêves, parcourir le monde et d’abord New-York. Et ils avaient le même idéal d’absolu et de liberté. Une fois arrivés, ils eurent beaucoup de mal à se quitter. Ce soir-là, seul avec sa mère, Éric se sentit étrangement absent, comme si une partie de son être était restée près d’Élodie. Une fois couché, son cœur se mit à battre à tout rompre. Ce ne fut que lorsqu’il ouvrit puis referma le coffret qu’une paix bienfaisante tomba sur lui. Alors, malgré son exaltation, il s’endormit immédiatement.

Bien des années après il suffisait à Éric de se rappeler la période qui avait suivi pour retrouver la nostalgie de ces jours heureux.

 

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Et s'il ne vous restait qu'un seul vœu à accomplir ? Si vos rêves étaient prémonitoires ? Si vous aviez le souvenir de vos vies antérieures ? Si la science permettait à chacun de vivre éternellement jeune, mais dans l'angoisse de la mort ? Si le gouverneme...

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Les légendes des chevaliers de la quadrature du cercle

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Livre I - Le combat contre la sorcière bleue

Chapitre 3 - La bataille des 64446 urnes sacrées 

Publié le 22/5/2017

suite du Chapitre 2

 

 

   À cette heure d’obscure clarté où la nuit fuit devant le jour, le prince Emmanuel, juché sur son magnifique étalon blanc, contempla la plaine immense où aurait lieu la bataille. A l’ouest, à perte de vue, les feux dressés par ses armées brillaient, illuminant l’aube naissante. Cette vision réchauffa le cœur du prince. Il tourna ensuite son regard vers l’est et vit des colonnes de poussière monter de la terre dévastée par les hordes de la sorcière bleue. Elles étaient conduites par Florian l’apprenti sorcier, confident et favori de la magicienne. Descendant des marches du nord, une autre armée était commandée par la sorcière bleue en personne. Au centre, Nicolas le Fourbe était à la tête de troupes braillardes et indisciplinées auxquelles il avait du mal à s’imposer. Lorsque le soleil parut enfin, depuis le promontoire où il se tenait, le noble prince abaissa son bras droit pour donner le signal du départ. D’un seul mouvement, depuis l’Armorique fidèle, l’Occitanie enjouée, la Guyenne secrète, la Picardie tenace, l’Artois fière, la Champagne généreuse, la Bourgogne fertile, de toutes les provinces du royaume, les partisans du prince se mirent en marche d’un pas déterminé et régulier. Hommes, femmes, de tous âges et de toutes conditions, ils montaient à la bataille en chantant d’un même cœur un hymne à la Joie.

 Le combat dura tout le jour. Le premier choc eut lieu au centre où les troupes de Nicolas le Fourbe, à peine engagées, se débandèrent en criant à la trahison, leur chef s’étant enfui précipitamment pour se terrer dans son antre en attendant des jours meilleurs. De ce jour, il fut appelé Nicolas le Couard.

 Cependant les troupes de la sorcière bleue, après d’âpres combats, s’étaient emparés du mont Enyn qu’on appelait le beau mont d’Enyn. Ayant pris la rive orientale puis occidentale, ils entreprirent la construction d’un pont de fortune qui leur permit de faire traverser l’Yser à leurs armes de siège. Ils commencèrent alors à assiéger la ligne du Mage Yneau. Cette ligne était en réalité un mur circulaire long de dix lieues construit afin de protéger les champs et les fermes de la plaine de la Bosse ainsi que la cité des seigneurs du Gond-Nor réputée pour ses anciennes mines et le raffinement de ses étoffes. Les assiégeants détruisirent le mur, pourtant édifié par un adepte de magie noire, avant d'investir le Gond-Nor, brûlant fermes et champs qui s'élevaient sur leur passage. Cela fait, ils s'établirent devant les murs blancs de la cité des seigneurs du Gond-Nor que leurs armes de siège ne tardèrent pas à pilonner. Ne disposant d'aucune arme comparable, les défenseurs de la cité regroupés autour de Dame Martine, seule rescapée de la glorieuse armée des Mites Errantes ne pouvaient pas riposter. Courant de droite à gauche, les émissaires du prince Emmanuel, le sorcier GeaiRare le Gris devenu GeaiRare le blanc depuis son ralliement au jeune prince, venu de l’antique cité des Gaules, et le seigneur Bertram des Francs Hauts tentaient de rallier les combattants pour maintenir la résistance de la capitale du Gond-Nor.

 Malgré tout, les hommes du Gond-Nor tenaient bon. Cependant, les hordes de la sorcière bleue avaient reçu le renfort des troupes de Florian l’apprenti sorcier. Celui-ci ayant réussi à franchir l’impénétrable forêt des Ardennes put faire la jonction avec l’armée de la magicienne qui commençait à montrer des signes de faiblesse. Ce soutien inespéré galvanisa leurs troupes qui redoublèrent de brutalité et de cruauté dans le combat. Heureusement, le mage à l’œil de verre, devenu sénile depuis sa rupture avec sa fille prodigue, lançait des imprécations sur tous les combattants, ciblant aussi bien les assaillants que les assiégés. Néanmoins, la situation des défenseurs du Gond-Nor devenait critique et alors que leur effondrement semblait imminent, un cor retentit, signalant l’arrivée des troupes de François le Béarnais, fidèle allié du prince Emmanuel. Guidés par les Hommes des Bois de la forêt de Hulot, l’armée du seigneur du Juste Milieu parvint à franchir la porte d’Or par un accès non surveillé, prenant les forces des mages noirs à l’improviste en les attaquant par derrière.

 Cette percée marqua le tournant de la bataille. A dater de ce moment, plus jamais les cohortes de la sombre enchanteresse n'eurent l'initiative. Elles reculaient pied à pied, défendant chèrement chaque pouce de terrain conquis. Cependant, l’issue demeurait incertaine et la lutte semblait ne devoir jamais cesser. C'est alors que le prince Emmanuel lui-meme parut à la tête d'une immense armée marchant en ordre serré et d'un pas cadencé. Un vent de panique saisit les troupes de la sorcière bleue qui se mirent à refluer dans un désordre imprescriptible. Des clameurs de joie et d’espoir jaillirent des rangs des assiégés avec une telle intensité qu’elles firent vibrer les inébranlables murailles de la glorieuse cité du Gond-Nor. Une rumeur enfla et se propagea parmi tous les combattants, la sorcière bleue avait fui, désertant une fois encore le champ de bataille. On disait qu'elle était partie se terrer dans sa  forteresse, ayant abandonné ses troupes pour éviter d'être capturé. Seul Florian l’apprenti, continuait le combat, se battant avec l’énergie du désespoir et refusant toute reddition. Mais les hordes de la sorcière bleue étaient prises en tenaille entre les forces  du seigneur François le Béarnais et celles du prince bienveillant. Malgré une résistance acharnée, notamment de Florian le jeune sorcier qui se battait jusqu'à la mort, le Gond-Nor fut libéré au crépuscule. A la fin du jour, la victoire du prince Emmanuel était totale et éclatante. Magnanime, celui-ci refusa de mettre à mort les soldats perdus de la sorcière, en particulier Florian l’apprenti, grièvement blessé mais toujours vivant. Entre les Francs, le sang devait cesser de couler.

 Le champ de bataille était jonché de corps et la terre gorgée de sang. Cette vision serra le cœur du prince. Tant de souffrances avaient été consenties pour obtenir la victoire, une victoire si chèrement acquise au prix de milliers et de milliers de vies broyées et mutilées. Devant ses troupes rassemblées en silence pour honorer leurs morts, le prince saisit la garde de l'épée du Suffrage Universel et sans effort la retira lentement de la roche sacrée où elle était profondément fichée depuis le renoncement de François le Batave. Tout le peuple s’agenouilla devant le signe sacré. Le prince Emmanuel, devenu le souverain des Francs, mit un genou à terre et proclama d'une voix forte : « Pour gagner, il faut renoncer à vaincre ! ».

  Une nouvelle ère commençait pour la nation franque. Serait-elle une période de luttes intestines, de passions tristes et de haines fratricides où annonçait-elle des temps de réconciliation, d’espoir et de renouveau ? Nul ne connaissait l’avenir, pas même les plus puissants mages, mais chacun, y compris le plus humble des sujets, pouvait y contribuer.

 À suivre…

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Les A-Mortels

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Bien qu’il eût cessé de vieillir un siècle plus tôt, à l’âge de trente-six ans, Egon Krenz était effrayé par l’idée qu’il put un jour mourir. Non pas de mort naturelle, les a-mortels comme lui ne pouvaient tomber malades et leurs cellules se régénéraient à l’infini, sans excès ni prolifération anarchique. Non, ce qui l’angoissait par-dessus tout, c’était la peur de mourir accidentellement. La simple idée qu’il put succomber à un accident lui causait des sueurs froides. Que celui-ci fût banal ou non n’y changeait rien, cette pensée lui était insupportable. A la réflexion, un accident mortel ne pouvait jamais être banal. Bien au contraire, c’était un événement si rare chez les a-mortels qu’il était considéré comme une monstrueuse injustice, une de celles qui questionnaient sur la nature du bien et du mal. La banalité des accidents mortels était une de ces fables que se racontait l’humanité lorsqu’elle était encore mortelle.

— C’est pourquoi vous êtes le mieux qualifié pour cette mission.

Li Peng fixait du regard Egon Krenz, semblant le jauger. Assis, face au directeur adjoint de l’Office de protection des libertés publiques et individuelles, Egon Krenz ne laissait rien paraitre de son malaise devant ce regard insistant.

— Vous faites référence à mon apparence physique ? demanda-t-il en affichant un sourire éclatant.

— Pas seulement. C’est un tout mon cher Egon, vos qualités physiques ont contribué à notre choix, tout comme vos aptitudes, sans compter votre expérience bien sûr. Vous comprenez, il s’agit d’une mission très délicate. 

— Après tout, ce n’est qu’une banale mission d’infiltration.

— Une mission de ce genre n’est jamais anodine.

Egon Krenz faillit se mordre la lèvre pour avoir parlé trop vite.

— Laissez-moi vous rappeler les faits, poursuivit le directeur adjoint. Cela fait maintenant plusieurs mois que nous surveillons un groupe de ce qu’on pourrait appeler de doux dingues si des vies innocentes n’étaient en jeu. Ils prônent le retour à une existence dite naturelle sans traitement d’aucune sorte pour éviter les maladies, guérir les blessures ou interrompre le processus de vieillissement.

— Grand bien leur fasse ! Des fanatiques qui veulent nous faire revenir aux mauvais vieux temps de l'humanité souffrante et condamnée à mort. Mais pourquoi les surveiller ? Leurs idées sont barbares mais à ma connaissance ils n’enfreignent aucune loi. D’autant que le traitement assurant l’a-mortalité étant administré dès la naissance, ils n’ont aucune possibilité de s’y soustraire.

— C’est là où vous intervenez. Il semble que ce groupe planifie des naissances clandestines.

— C’est monstrueux ! Les bébés ainsi mis au monde seront complètement démunis et ils ne pourront jamais recevoir la vie éternelle. Au nom de quelle idéologie faire subir une telle souffrance à des êtres innocents ?

— Vous comprenez maintenant l’importance de cette mission. La surveillance exercée par l’Office a déjà permis d’identifier plusieurs suspects, reste à obtenir des preuves de leur conspiration. Et ce ne sera pas une mince affaire. Sous des dehors sympathiques, voire naïfs, ces gens-là sont des durs à cuire qu'il ne faut pas prendre à la légère. Et puis, comme tout citoyen, ils ont des droits, et je vous rappelle que l’Office a aussi pour but de défendre les libertés individuelles, déclara Li Peng dans un sourire entendu.

— Si vous acceptez cette mission, nous vous en indiquerons toutes les modalités, ajouta-t-il.

— J’accepte bien volontiers. J’ai hâte de mettre hors d’état de nuire ces criminels ! répondit Egon Krenz en serrant avec détermination la main du directeur adjoint.

Et dans ce geste il mettait déjà toute l’horreur que lui inspirait la révélation qui venait de lui être faite.

Dans sa communauté Egon Krenz était considéré comme un a-mortel équilibré et de bonne compagnie. Il était tolérant sans extravagance, cultivé sans ostentation et fidèle en amitié. Chacune de ses unions avait été menée à son terme après trente ans d’une vie conjugale harmonieuse. Comme tout a-mortel il abhorrait le risque, si infime soit-il, et d’abord le risque physique. Par crainte des accidents mortels, il ne pratiquait aucune activité sportive dangereuse, et était même incapable de visionner une fiction mettant en scène des morts violentes, y compris les vieux films policiers. En tout il était adepte de la mesure. Comme tout citoyen raisonnable il était partisan d’une politique très sévère à l’égard des criminels et particulièrement des meurtriers, ces véritables monstres pour lesquels aucune justification ne pouvait excuser le fait d’ôter une vie, même de manière involontaire. Toutes ces qualités faisaient d’Egon Krenz un agent chargé de la protection des libertés publiques et individuelles respecté de ses collègues et apprécié de ses supérieurs.

En contemplant son interlocutrice assise à ses côtés dans son appartement, il songea que si le métier d’agent avait ses servitudes, il procurait aussi quelques satisfactions. Mary Robinson était belle, de cette beauté grave et naturelle qui attire les regards. Elle était aussi intelligente, d’une intelligence réfléchie, comme le montrait le choix des mots, simples et justes, qu’elle utilisait pour exprimer sa pensée. Et ce qui la rendait encore plus fascinante aux yeux d’Egon Krenz c’était qu’elle avait effectivement les vingt-neuf ans qu’elle  paraissait.

— Vous n’avez jamais pris de leçon de piano ? questionna-t-elle en balayant la pièce du regard.

Egon Krenz nota qu’elle s’était imperceptiblement arrêtée sur les deux photographies presque dissimulées au milieu des livres dans son imposante bibliothèque.

— Figurez-vous que non. Et quand je m’en suis rendu compte j’ai aussitôt décidé d’acheter un piano et de m’y mettre. On n’a qu’une vie après tout, lui répondit-il avec un sourire enjôleur.

Et il était sincère ! Après tout, le but de la vie n’était-il pas d’accumuler les expériences agréables ?

— Quand souhaitez-vous commencer Mr. Krenz ? demanda abruptement Mary Robinson.

Il songea qu’il allait falloir jouer finement, ce qui n’était pas pour lui déplaire.

— A votre convenance Miss Robinson. J’ai décidé de me consacrer pleinement à cette activité et je suis donc complètement disponible.

— Dans ce cas, pourquoi ne pas commencer immédiatement ? 

Egon Krenz ne put s’empêcher de marquer un instant de surprise mais il se reprit aussitôt.

— C’est une excellente idée, répondit-t-il précipitamment.

La leçon fut telle qu’il l’avait espérée en voyant Mary Robinson. Elle montrait une patience et une douceur qui auraient fait fondre les prévenances de l’élève le moins doué. A la fin de la séance il fut agréablement surpris de constater les progrès qu’il avait déjà accomplis. Le plaisir que lui avait procuré ce premier cours l’inquiéta, il ne fallait pas qu’il oublie que son nouveau professeur de piano était une dangereuse criminelle. La leçon terminée, elle ne s’attarda pas. Après son départ, il examina attentivement les photographies qui avaient attiré son regard. En les voyant, elle n’avait rien laissé paraitre mais il était persuadé d’avoir atteint son but en les plaçant là.

Sur la première il posait devant un magnifique voilier en tenant par la main un jeune garçon. Tous les deux en tenue de marin, ils fixaient l’objectif avec un sourire complice. Tout dans cette scène suggérait le bonheur simple d’un père avec son fils. Il s’agissait bien sûr d’un montage. Egon Krenz n’avait pas d’enfant, il n’avait jamais voulu en avoir et aucune de ces compagnes n’en avait même jamais évoqué le désir. A quoi bon s’encombrer d’enfants qu’il fallait éduquer et dont la charge incombait éternellement ? Mais surtout au cours de sa longue vie, il avait été témoin de la souffrance insupportable causée par la perte d’un enfant. Très peu d’a-mortels étaient capables de vivre avec ce risque et Egon Krenz n’en faisait pas partie. 

La seconde photographie montrait simplement un élégant vieillard assis bien droit sur sa chaise, chemise blanche impeccable, manteau noir, chapeau en feutre à la main droite, gant blanc dans la main gauche, le front dégarni et la moustache blanche taillée, qui fixait droit l’objectif de l’appareil photo face à lui. Egon Krenz avait du mal à contempler ce portrait. La vue de toutes ces rides, de ce visage fripé, de ce corps usé, le mettait profondément mal à l’aise. Les personnes âgées avaient complètement disparu et il était du plus mauvais goût de conserver de tels portraits chez soi. Sauf pour les adeptes du retour à la vie naturelle qui professaient tout à la fois l’amour des enfants et une prétendue vertu de la vieillesse. L’inquiétude d’Egon Krenz se raviva lorsqu’il s’aperçut qu’il était impatient d’avoir sa seconde leçon de piano.

 

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(S)oyez

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Soyez voyant dit le poète,

Soyez victorieux dit le général,

Soyez valeureux dit le capitaine,

Soyez vivant dit le soldat,

Soyez viril dit le macho,

Soyez vaginal dit le psychanalyste,

Soyez vrai dit le philosophe,

Soyez vous-même dit le sage,

Soyez vertueux dit le prêtre,

Soyez vicieux dit le licencieux,

Soyez qui vous voulez dit la chanson

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Né pour écrire je sais ce que j'attendais,

 Ami je veux être, le vôtre s'il vous plait

 Sachez lire mon prénom à travers ce sizain,

 Seulement un si petit nom n'a pas de saint,

 En effet, tout ça n'est pas très catholique,

 Râ est son dieu, car je crois qu'il est d'Egypte.

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Les légendes des chevaliers de la quadrature du cercle

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 Livre I – Le combat contre la sorcière bleue 

 Chapitre 2 - Le face à face

Publié le 1/5/2017

suite du Chapitre I

 

Par une de ces perfides ruses dont sont coutumiers les mages noirs, la sorcière bleue se présenta devant l’assemblée en déclarant renoncer à sa magie pour conquérir le trône. Seuls ses partisans et les esprits naïfs saluèrent cette déclaration, les sages et les justes savaient qu’elle n’attendait que le moment opportun pour lancer ses maléfices et cracher son venin. Cependant, la nation franque, jadis si prompte à se mobiliser contre la menace des mages noirs, semblait indifférente, comme anesthésiée par les charmes de la sorcière bleue. Le prince Emmanuel lui-même paraissait hésitant, comme s’il ne savait pas s’il devait attaquer par sa droite ou par sa gauche. La sorcière bleue résolut de profiter de cette incertitude pour tendre au jeune prince de sournoises embuscades dont il triompha, mais non sans peine. Ainsi, le jeune prince était averti, dans ce combat sans merci, la sorcière était prête à toutes les vilenies, à tous les subterfuges, à tous les coups.

  Néanmoins, le prince Emmanuel n’était pas seul. Il avait reçu le renfort de tous les princes du Royaume, depuis Nicolas le Court toujours aussi empressé, jusqu’au souverain François le Batave, bien mélancolique dans son château, en passant par François de la Sarthe et Alain de Bordeaux. Le chevalier du Finistère, fidèle à son ancien serment de toujours combattre le Mal, avait immédiatement rejoint le jeune prince. Seul le Tribun des Bois refusait de se rallier, prétextant que le prince Emmanuel n’apporterait que disettes et malheurs au bas peuple. Alors qu’on croyait la sorcière bleue isolée parmi les prétendants au trône, par un revirement soudain, le sieur Nicolas le Franc Couché, dit Nicolas Souverain ou parfois Nicolas le Fourbe, conclut une alliance en bonne et due forme avec la sorcière bleue.

  Nicolas le Fourbe se prétendait chevalier alors qu’il était de basse extraction et n’avait jamais remporté aucune bataille. Il invoquait sans cesse les mânes du glorieux souverain, le grand Charles, fondateur de la lignée des Trois-Gôles qui avait donné tant de souverains et dont se réclamaient d’ailleurs presque tous les princes du Royaume. Lors des Âges Sombres qui s’abattirent sur la Terre des Hommes Libres, ce souverain légendaire s’illustra par sa farouche résistance face aux terribles hordes du plus grand mage noir que la terre ait jamais porté. Aussi, le ralliement de Nicolas le Fourbe surprit et déçut nombre de ses partisans qui le croyait un homme d’honneur, fidèle à ses engagements. On disait que la sorcière l’avait acheté en lui promettant un plat de ces divines lentilles, servies uniquement à la table des souverains Francs. La saveur de ce mets était supérieure au nectar et à l’ambroisie, dont se nourrissaient les anciens dieux, et de nombreux hommes s’étaient déjà damnés pour pouvoir y gouter.

  La sorcière bleue reçut également le soutien de Dame Christine la Dévote, réputée pour ses emballements mystiques et ses déclarations à l’emporte-pièce, qui affirmait, dans un prêchi-prêcha dont elle était coutumière, combattre la magie noire tout en se ralliant à la sorcière bleue.

  Pendant ce temps le Conseil des Sages s’était réuni et cherchait une issue pour résoudre le conflit sans que trop de vies innocentes soient sacrifiées inutilement. Après avoir débattu des jours entiers, ces hommes de bonne volonté rendirent leur verdict. Ils proposèrent que soit réactivée une vieille coutume franque qui voulait que les deux finalistes au trône se prêtent à une joute oratoire appelée le Grand Débat. Lors de cette joute, nulle épée, nulle magie ne pouvaient être utilisées, seules les armes de la rhétorique étaient admises. Le prince Emmanuel et la sorcière bleue se soumirent à la décision des Sages et alors tout le peuple se mit en branle pour assister à cette confrontation pacifique. Un espoir se levait, la magie et la fureur guerrière s’effaceraient derrière la sagesse et la raison.

  Devant tout le peuple rassemblé, le prince Emmanuel et la sorcière bleue se présentèrent au jour et à l’heure dite sur le plateau aride où se tenaient traditionnellement ces confrontations rituelles. Les deux prétendants prêtèrent solennellement serment d’observer scrupuleusement les règles de la dispute : les épées devaient rester dans leur fourreau et la magie hors du champ du débat. Deux arbitres, inexpérimentés mais reconnus pour leur impartialité, étaient chargés de veiller au respect du protocole strictement codifié.

 Le sort avait désigné la sorcière bleue pour entamer la joute. D’emblée, alors qu’elle avait juré de se comporter en adversaire loyale et respectueuse, elle cracha son venin sur le prince Emmanuel qui restait impavide. Les attaques de la sorcière bleue redoublèrent d’intensité, elle ciblait directement le prince Emmanuel cherchant à l’atteindre dans son honneur et dans sa vertu.  Celui-ci restait de marbre devant ces assauts de vilenies et cette attitude digne eut pour effet de transformer la sorcière bleue en furie. Soudain, elle rompit son serment sacré et lança un maléfice des plus noirs sur le prince Emmanuel. Devant une telle ignominie, un rugissement de colère monta des poitrines du public massé, colère qui céda bientôt la place au soulagement quand tous virent que le maléfice n’avait pas atteint le prince Emmanuel. Celui-ci, qui avait anticipé la menace, était protégé par un charme invisible mais puissant, talisman à base de poudre de perlimpinpin, qui scintillait faiblement chaque fois que la sorcière bleue jetait un maléfice. Car celle-ci, exaspérée par la sérénité du prince bienveillant, perdant tout contrôle d’elle-même, jetait ses sorts sans aucune retenue. Les arbitres tentaient vainement de contenir la furie rageuse de la sorcière mais très vite ils durent renoncer à lui faire entendre raison. Tous les hommes sensés purent alors constater l’imposture et la duplicité de la sorcière bleue qui s’opposaient à la droiture et à la mesure dont faisaient preuve le jeune prince. Bientôt, épuisée par ses vains assauts, la sorcière n’arrivait plus à trouver ses mots, confondait ses formules magiques et ne semblait plus en mesure de porter la contradiction au prince. Celui-ci, toujours noble et en même temps implacable, mobilisait tous ses talents de sophiste et de philosophe pour séduire l’auditoire qui l’écoutait charmé. Et ce fut sous les huées de la foule que la sorcière bleue fut déclarée loyalement vaincue. Mais souvent les mages noirs ne peuvent accepter leur défaite, plus sombre est leur magie, plus grande est leur indignité et la sorcière bleue était une enchanteresse des plus ténébreuses. Aussi, nul ne fut surpris lorsqu’elle lança, avec un ricanement à glacer le sang, qu’elle rejetait l’arbitrage auquel elle s’était pourtant soumise. Ce furent sur ces mots lourds de menace qu’elle s’enfuit, désertant l’arène du débat. La bataille tant redoutée aurait bien lieu et si tous n’y participaient pas, chacun en serait affecté.

À suivre…

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08 janvier 2019

Rouge ou noire

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Parfois noire comme l'ébène

Parfois rouge comme le sang

Mais jamais bleue comme l'azur,

Du nord au singulier 

Du sud au pluriel,

Elle est le berceau de la Vie,

Et pourtant certains disent qu'elle est morte.

 

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